Point d’étape et premières pistes à suivre
Lancée en janvier 2026 par le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, la démarche des Assises sur le financement de l’ESR, dont la finalisation est annoncée pour juin prochain, vise à poser les bases d’un diagnostic partagé” sur la situation financière des universités et le soutien de l’État et à ouvrir des scénarios d’évolution du modèle de financement actuel.
Ces assises constituent un moment charnière. Elles actent une réalité désormais largement partagée, documentée tant par les travaux ministériels que par les analyses de la Cour des comptes : le modèle économique des universités est structurellement sous tension.
Lors de la première séquence plénière fin mars, les coprésidents Gilles Roussel, président de l’université Gustave Eiffel et Jérôme Fournel, inspecteur général des finances ont présenté un premier état des lieux avec des sujets sensibles encore ouverts, sur la réforme du modèle d’allocation des universités ou encore sur les frais d’inscription.
Une méthode : repartir de données certifiées pour forger un constat partagé
Les premiers travaux des Assises, s’appuient sur l’analyse des comptes financiers des universités sur la période 2018-2024, tout en relevant que ces données économiquement certifiées, restent peu exploitées.
Les présidents des Assises critiquent notamment les calculs sur la base de la subvention pour charge de service public (SCSP), en indiquant que cette subvention « ne prend en compte qu’une partie des missions des universités : l’accueil des étudiants, mais laisse de côté la recherche ou encore le bâti ». « Il y aura un énorme travail à faire de données partagées avant de se lancer dans la mise en place d’indicateurs qui serviront à la répartition des moyens, avec une vision commune », indique Gilles Roussel.
Par ailleurs, il ressort que le débat ne peut plus se réduire à une opposition simpliste entre insuffisance des moyens et qualité de la gestion. Les premières réflexions mettent en évidence un effet de ciseaux durable : des charges en hausse continue — masse salariale, immobilier, énergie, transitions à conduire — et des ressources dont la progression ne permet plus d’absorber l’élargissement des missions confiées aux établissements.
Repenser la soutenabilité du modèle dans la durée
L’apport majeur des Assises est de recentrer le débat sur des enjeux fondamentaux.
La question n’est plus seulement celle du niveau global de financement, mais celle de la soutenabilité du modèle dans la durée, comme l’ont souligné à plusieurs reprises les coprésidents des Assises et de nombreux présidents d’université.
Cela suppose de regarder lucidement :
- Un modèle d’allocation des moyens souvent jugé illisible et peu prévisible, point régulièrement soulevé dans les rapports de l’IGÉSR et de la Cour des comptes.
- La mise en œuvre d’une prévisibilité pluriannuelle, indispensable à une gestion stratégique.
- Une dépendance croissante aux financements sur projets, qui fragilise les équilibres et complique le pilotage stratégique.
- Une autonomie financière largement théorique, tant les marges de manœuvre réelles restent limitées.
Le financement apparaît ainsi comme un enjeu de gouvernance, au cœur des arbitrages stratégiques des équipes de direction.
Droits d’inscription : un débat qui ne peut plus être éludé
Parmi les pistes évoquées dans le cadre des Assises, celle, sensible des droits d’inscriptionoccupe une place particulière.
Le sujet est désormais explicitement posé dans le champ des scénarios, comme l’ont exposé, un rapport publié en février 2026, de l‘IGESR et de l’IGF.
Le débat porte moins sur un montant que sur des questions de fond : différenciation éventuelle selon les publics ou les niveaux, articulation avec les politiques de bourses, compatibilité avec les principes d’accessibilité et de service public. Le simple fait que cette question soit ànouveau discutée dit quelque chose de la gravité des tensions financières auxquelles le système est confronté.
Ce que les établissements ne peuvent plus différer
Les Assises ne livreront pas de solution clé en main.
Elles vont renforcer, au contraire, une évidence : chaque établissement devra expliciter ses choix.
Cela suppose dès maintenant d’objectiver ses coûts par mission, de construire des trajectoires financières pluriannuelles crédibles, d’anticiper des scénarios contrastés et de préparer une pédagogie des arbitrages auprès des conseils d’administration et des communautés.
L’Université, pilier de l’attractivité des territoires
En tant qu’experte de l’ESR et des territoires, je constate que les universités sont un levier structurant du développement socio-économique et de la vitalité du tissu local, via l’adaptation de l’offre de formation, comme le lien aux entreprises et la recherche.
À travers un modèle d’allocation des moyens, l’objectif devra être que chaque université dispose des financements à la hauteur de ses activités, de ses réalités territoriales, de sa démographie étudiante et de ses dynamiques. Ce modèle, s’il doit être clair et transparent pour tous, doit surtout permettre d’adapter les financements aux situations de chacun des établissements.
Les Assises sur le financement de l’ESR confirment une conviction que je me suis forgée au contact des équipes de direction des universités
Le financement n’est plus un sujet technique, mais un levier structurant du projet d’établissement, au cœur des arbitrages politiques, académiques et organisationnels.
À l’heure où les débats nationaux s’intensifient, la capacité des établissements à objectiver leurs choix, à anticiper des scénarios contrastés et à assumer une trajectoire claire sera déterminante.
C’est dans cette articulation entre vision stratégique, soutenabilité financière et gouvernance que se jouera, bien audelà des Assises, l’avenir du système.



